Intimement convaincu, avisé par son équipe de campagne, conforté par des sondages d’opinion, le candidat Nicolas Sarkozy avait senti que c’était le bon moment d’inviter la question de l’immigration dans la campagne de l’élection présidentielle. Il était persuadé que les Français avaient acquis la maturité politique pour en débattre avec lui en toute franchise. Même si la conjugaison de ce sujet important avec celui de l’identité nationale continue de générer chez moi une forme de malaise, concédons qu’il n’a pas manqué de courage, ni d’habileté pour amener la majorité du corps électoral à se prononcer en connaissance de cause et de projet sur ce dossier.

Comme dirait l’autre « les temps changent » car il y a encore quelques années, il suffisait d’insinuer que peut-être, il ne serait pas inutile de penser à organiser les conditions de l’immigration, si nous voulions continuer de garantir la cohésion nationale pour que l’on soit suspecté des plus infâmes tendances. Je sais de quoi je parle !...

Et comme il a l’habitude de faire ce qu’il dit et de le faire savoir, il a pris le risque après les élections de consacrer un ministère au contrôle de l’immigration, à l’identité nationale et bien évidemment à la coopération internationale, sans quoi toute politique sérieuse ne saurait être  envisagée. Pour conduire cette politique évidemment délicate mais nécessaire (d’ailleurs aujourd’hui il n’y a plus grand monde sinon quelques libertaires internationalistes pathétiques qui font prospérer le commerce des produits dérivés de Ché Guevara pour en disconvenir) à la bonne intégration de tous ceux qui veulent et voudront s’établir dans notre pays, il désigne le fidèle Brice Hortefeux. Lequel Brice (de Clermont Ferrand pas de Nice, ouarf !) boucle le projet  de loi qui fera débat au Parlement puis déchaînera les passions à la suite de l’amendement dit Mariani ; celui qui prescrit le recours aux tests ADN dans le cadre des regroupements familiaux lorsqu’un réputé parent éprouve une difficulté à convaincre les autorités de sa paternité même s’il y aurait beaucoup à disserter sur la notion de paternité ou de maternité.

Depuis quelques jours, l’émotion suscitée par Mariani retombe, l’arc de la protestation allant de Dominique Sopo (qui s’est enfin trouvé une raison d’exister) à François Goulard se détend, et la loi votée avec un amendement pratiquement  vidé de sa substance ne semble plus souffrir de discussion. Tant mieux car il est normal qu’un pays quel qu’il soit, puisse choisir comment organiser les flux migratoires entrant qu’ils soient familiaux, économiques ou politiques.

Et en France, où l’accueil des populations étrangères est une tradition historique perpétuée par des fondements universalistes et humanistes, cela devenait une nécessité. D’autres pays ont déjà, depuis des années, souhaité disposer d’eux-mêmes y compris parmi nos partenaires de l’Union sans que belles âmes et bien-pensants s’autorisent à couvrir leurs dirigeants d’opprobre et de scandale, alors on ne voit pas très bien au nom de quoi, nous Français, ne pourrions nous pas nous questionner sur notre avenir, celui du peuple, de son identité, de ses valeurs et sur les moyens de le dessiner ?

Pour autant, au nom de ces desseins qui n’ont rien de scélérat, ou alors combien de nations méritent la potence, au nom du débat parlementaire, devait-on en appeler à la science pour conférer à la loi, qui durcit déjà et à raison, les conditions du regroupement des familles, les moyens de s’appliquer absolument ?

Personnellement, je ne le pense pas. Difficile, en effet, de limiter le droit de la famille, avec toutes les difficultés de recomposition de la cellule familiale liées à notre époque et ses déviances, au seul droit du sang.

Mais il serait bien hypocrite de fustiger le législateur qui entendait donner force à la Loi ; on peut en revanche regretter que d’autres procédés fiables et acceptables, biométriques par exemple, déjà en service ailleurs, développés en partenariat avec les pays d’émigration, n’aient pas été proposés.

Ensuite, ces prises de positions plus ou moins inspirées (que n’a-t-on entendu comme anathèmes ou malédictions prononcées par de magnifiques directeurs de conscience que je renvoie au président du Conseil Général socialiste qui souligne régulièrement que "tout ce qui est excessif est insignifiant ») pose bien à nouveau avec acuité la nécessité pour l’Europe de se munir enfin d’une politique d’immigration concertée, exigeante et humaniste ; à la fois pour appréhender les flux en provenance des pays pauvres ou ceux, quand ils ne concernent pas les mêmes contrées du globe, que le dérèglement climatique en marche ne manquera pas de jeter sur les routes et les océans.

C'est la raison pour laquelle, bien que contre l'amendement ADN, je n'ai pas souhaité signer la pétition "Touche pas à mon ADN" vendue à grand renfort de communication ; une fois de plus, l'on profite d'un article qui tiraille, certes important, pour rejeter en bloc une Loi pourtant essentielle tant à notre pays qu'à ses entrants dont aujourd'hui, à force de nier le nécessaire débat, on rend l'accueil et l'intégration chaque jour plus difficile. Une Loi, au passage, voulue par une grande majorité de nos compatriotes. Et puis, les agitateurs, comme d'habitude, se sont opposés frontalement, mais ont fui le débat et mangé leurs contre-propositions, souvent à de seules fins politiques et partisanes ; la proximité des échéances locales sans doute, mais une attitude irresponsable par ailleurs. On le sait, ce n'est pas en fuyant les grands sujets que la France avancera de nouveau.

Car du coup, on en aura oublié d'évoquer la réalité de nos quartiers ; des familles en grand nombre en situations illégales (ce qui n'est pas forcément le cas au moment de l'entrée sur le territoire d'ailleurs), retranchées, pour ne pas dire cachées, dans des logements sur-occupés et sous-loués à des prix exorbitants par des marchants de sommeil verreux, avec des enfants suivant un parcours scolaire dans des conditions peu propices à leur épanouissement, entre la peur, la fatigue, le manque de moyens et une marginalisation quasi-imparable.

Comme quoi, du courage politique pour affronter les vrais problèmes, il en faudra encore davantage, des deux côtés de ce clivage dont les familles concernées se foutent (!), avec moins de tapage et de démagogie et, par pitié, sans doute plus de fond. Mais je ne désespère pas...

Alors que la polémique sur l’amendement Mariani vient de s’éteindre, les débats sur la ratification du Traité Européen simplifié s’installent ; peut-être le contexte sera-t-il propice à une reprise de ces discussions qui devront trouver, tôt ou tard, une conclusion internationale qualifiée, sinon unanime (on peut toujours rêver), si l’Europe a la volonté de continuer de jouer un rôle politique, économique écologique et culturel de premier plan dans les prochaines décennies, tout en restant terre d’accueil et d’espoir.