Ça y est, il s’en est allé…
Cette semaine, lors d’une allocution radiotélévisée, Jacques Chirac s’est adressé une dernière fois aux Français pour leur dire toute son affection, sa confiance en l’avenir, en rappelant à chacune et chacun la nécessité impérieuse de rester unis et solidaires pour être en mesure de relever les grands défis, tout en chérissant l’idée de France et les valeurs de la République.
Mercredi, il a transmis à Nicolas Sarkozy, pour 5 ans, les clés et insignes du pouvoir, lui confiant en même temps le destin de la France. Comme au moment du passage de témoin entre François Mitterrand et Jacques Chirac, en 1995, j’ai été ému.
En effet, quoique l’on pense de Jacques Chirac, avec lui, ce n’est pas simplement un mandat qui s’achève et un autre qui commence avec un nouveau président ; c’est aussi et surtout une époque de la vie politique française qui prend fin. Une époque que le Chef de l’Etat aura traversé pendant près de 50 ans ; un demi-siècle qui a vu « le Grand », chaleureux, convivial, changeant, humaniste, énigmatique, se forger une personnalité remarquablement croquée par Pierre Péan ; jusqu’à prendre des responsabilités courageuses pour garantir la cohésion nationale, les intérêts de la France dans le monde, la défendre aussi contre les dangers de ce monde-là dont les mutations se sont accélérées avec et pendant ses mandats présidentiels successifs.
Ainsi, que restera-t-il de Jacques Chirac, après le Général de Gaulle, Georges Pompidou, son maître et pygmalion, Valéry Giscard d’Estaing , François Mitterrand qu’il détesta, mais qui le fascina ? Quel bilan après 12 ans passés à la tête du pays qu’il aime, il l’a répété, profondément, physiquement.
Est-ce que, comme l’exprime le malicieux Guy Sorman, Jacques Chirac, finalement, aura été un bon Président ? Car, contrairement à ce que l’on pouvait attendre de lui, d’aucun ne peuvent lui faire grief de grosses erreurs, contrairement à François Mitterrand qui selon lui en aura commis de belles là où on ne l’attendait pas.
A-t-il, ainsi que certains le soulignent, échoué trop lourdement en matière économique et sociale pour que son quasi sans faute sur la scène internationale ne permettent de lui donner quitus ?
A mon avis, faute de la sagesse que confère la distance par rapport aux événements, la vérité est dans la synthèse. Forcément. Souvenons-nous des éloges funèbres après la disparition de François Mitterrand. Quel grand Président de la République avait-il été ! Et pourtant, au fur et à mesure que le temps a passé, l’obscurité ne s’est-elle pas faite sur des chapitres de la vie du natif de Jarnac ?
Jacques Chirac, comme le demande la rédaction du Figaro à ses lecteurs, a-t-il été un bon Président ?
Oui et non, non et oui, autant, encore une fois, que la circonstance autorise à dresser un bilan. Au plan politique, il fut le seul avec François Mitterrand à occuper la fonction présidentielle aussi longtemps et à se succéder à lui-même également.
A la suite de ses élections en 1995 et 2002, il aura manqué les rendez-vous de l’ouverture à son propre camp et à la gauche, ce qui aurait permis déjà de porter la démocratie française à maturité et de réformer plus efficacement.
L’OPA réussie de Nicolas Sarkozy sur l’UMP (consacrée par l’élection présidentielle du 6 mai) rogna sa marge de manœuvre au sein de la famille politique dont il fut depuis la création du RPR, en 1976, le chef charismatique et craint. Son histoire se confond, en effet, à celle de la Droite Républicaine dont il fut le modernisateur et à la fois l’exterminateur dans un style Barbouze qu’Audiard n’aurait pas renié. Ce serial Killer ; combien de Giscard, Balladur, Séguin, Juillet, Garaud… Chirac aura-t-il effacé proprement pour prospérer.
Nettoyeur du Front National également qu’il aura disqualifié et que Nicolas Sarkozy a dispersé façon Puzzle. François Mitterrand qui avait fait le lit de l’extrême droite dans les années 80 aura vu là sa plus belle création voler en éclat.
Sa latitude limitée, Jacques Chirac s’est donc plus particulièrement exprimé sur la scène internationale avec succès, reconnaissons-le : ultime phase d’essais nucléaires, engagement de la France dans les Balkans, activité utile au Proche Orient, refus de mettre les pieds dans le bourbier Irakien. On le vit aussi instaurer une taxe solidaire des pays du sud sur les billets d’avion et prononcer le désormais célèbre « la vérité c’est que la planète brûle mais que nous regardons ailleurs » demandant la constitution d’une Organisation des Nations Unies de l’Environnement.
A l’intérieur, personne n’oubliera, avec le recul que procurera le temps qui passe, ses actions en faveur du devoir de mémoire, qui ont à la fois apaisé et réconcilié la France et les Français : la France et sa responsabilité dans la déportation des Juifs, l’interdiction des signes religieux ostensibles, l’inscription de l’esclavage parmi les crimes contre l’Humanité.
Et encore une fois, il faudra que de longues années s’écoulent pour reconnaître l’importance de ses interventions en faveur de l’Egalité des Chances, la Parité ou la Lutte contre les discriminations, ou encore en faveur des Harkis. Il aura fallu du temps pour que cela se fasse, mais c’est lui qui l’a fait alors que d’autres s'y étaient dérobés.
En matière de politique intérieure où son astre a pâli, il n’aura su ou pu réduire la fracture sociale qu’il aura constaté et dénoncé. Les historiens de la politique lui donneront crédit pourtant, au delà de la polémique, sur les instruments de calcul, de la baisse significative du chômage mais également de la sauvegarde du système de retraite par répartition et de la baisse de la délinquance. Face aux mouvements de grève contre le CPE ou aux violences urbaines de 2005, c’est ce qu’au final il sera retenu.
Personnellement, même si l’intéressé, par défiance ou égotisme, avait choisi de faire l’impasse sur le bilan 2002/2007 de Jacques Chirac, je pense que celui-ci inconsciemment aura pesé dans la victoire de Nicolas Sarkozy. Oui, c’est aussi parce qu’en tant que membre du Gouvernement de Jacques Chirac, il a gagné une crédibilité dans l’action, que les Français lui ont accordé leur confiance.
Ainsi, au moment de sortir de l’époque, sans doute est-ce pour conjurer un échec relatif de sa politique intérieure et celui du référendum sur le Traité Constitutionnel que la marionnette préférée des Guignols (que fera-t-elle après le Festival de Cannes ?) a choisi de s’investir personnellement pour les autres, à l’extérieur en cherchant à faire progresser le principe de développement durable et rapprocher les cultures par le dialogue.
La réalisation du Musée des Arts Premiers, quai Branly augurerait-elle probablement la seconde vie de Jacques Chirac ? Certainement aussi cette œuvre culturelle a-t-elle commencé à dispenser la synthèse complexe et subtile de la géographie intérieure du Président.
Comme le chantent les Marseillais d’I am, Ombre est lumière !
Tchao Grand Jacques...
Cette semaine, lors d’une allocution radiotélévisée, Jacques Chirac s’est adressé une dernière fois aux Français pour leur dire toute son affection, sa confiance en l’avenir, en rappelant à chacune et chacun la nécessité impérieuse de rester unis et solidaires pour être en mesure de relever les grands défis, tout en chérissant l’idée de France et les valeurs de la République.
Mercredi, il a transmis à Nicolas Sarkozy, pour 5 ans, les clés et insignes du pouvoir, lui confiant en même temps le destin de la France. Comme au moment du passage de témoin entre François Mitterrand et Jacques Chirac, en 1995, j’ai été ému.
En effet, quoique l’on pense de Jacques Chirac, avec lui, ce n’est pas simplement un mandat qui s’achève et un autre qui commence avec un nouveau président ; c’est aussi et surtout une époque de la vie politique française qui prend fin. Une époque que le Chef de l’Etat aura traversé pendant près de 50 ans ; un demi-siècle qui a vu « le Grand », chaleureux, convivial, changeant, humaniste, énigmatique, se forger une personnalité remarquablement croquée par Pierre Péan ; jusqu’à prendre des responsabilités courageuses pour garantir la cohésion nationale, les intérêts de la France dans le monde, la défendre aussi contre les dangers de ce monde-là dont les mutations se sont accélérées avec et pendant ses mandats présidentiels successifs.
Ainsi, que restera-t-il de Jacques Chirac, après le Général de Gaulle, Georges Pompidou, son maître et pygmalion, Valéry Giscard d’Estaing , François Mitterrand qu’il détesta, mais qui le fascina ? Quel bilan après 12 ans passés à la tête du pays qu’il aime, il l’a répété, profondément, physiquement.
Est-ce que, comme l’exprime le malicieux Guy Sorman, Jacques Chirac, finalement, aura été un bon Président ? Car, contrairement à ce que l’on pouvait attendre de lui, d’aucun ne peuvent lui faire grief de grosses erreurs, contrairement à François Mitterrand qui selon lui en aura commis de belles là où on ne l’attendait pas.
A-t-il, ainsi que certains le soulignent, échoué trop lourdement en matière économique et sociale pour que son quasi sans faute sur la scène internationale ne permettent de lui donner quitus ?
A mon avis, faute de la sagesse que confère la distance par rapport aux événements, la vérité est dans la synthèse. Forcément. Souvenons-nous des éloges funèbres après la disparition de François Mitterrand. Quel grand Président de la République avait-il été ! Et pourtant, au fur et à mesure que le temps a passé, l’obscurité ne s’est-elle pas faite sur des chapitres de la vie du natif de Jarnac ?
Jacques Chirac, comme le demande la rédaction du Figaro à ses lecteurs, a-t-il été un bon Président ?
Oui et non, non et oui, autant, encore une fois, que la circonstance autorise à dresser un bilan. Au plan politique, il fut le seul avec François Mitterrand à occuper la fonction présidentielle aussi longtemps et à se succéder à lui-même également.
A la suite de ses élections en 1995 et 2002, il aura manqué les rendez-vous de l’ouverture à son propre camp et à la gauche, ce qui aurait permis déjà de porter la démocratie française à maturité et de réformer plus efficacement.
L’OPA réussie de Nicolas Sarkozy sur l’UMP (consacrée par l’élection présidentielle du 6 mai) rogna sa marge de manœuvre au sein de la famille politique dont il fut depuis la création du RPR, en 1976, le chef charismatique et craint. Son histoire se confond, en effet, à celle de la Droite Républicaine dont il fut le modernisateur et à la fois l’exterminateur dans un style Barbouze qu’Audiard n’aurait pas renié. Ce serial Killer ; combien de Giscard, Balladur, Séguin, Juillet, Garaud… Chirac aura-t-il effacé proprement pour prospérer.
Nettoyeur du Front National également qu’il aura disqualifié et que Nicolas Sarkozy a dispersé façon Puzzle. François Mitterrand qui avait fait le lit de l’extrême droite dans les années 80 aura vu là sa plus belle création voler en éclat.
Sa latitude limitée, Jacques Chirac s’est donc plus particulièrement exprimé sur la scène internationale avec succès, reconnaissons-le : ultime phase d’essais nucléaires, engagement de la France dans les Balkans, activité utile au Proche Orient, refus de mettre les pieds dans le bourbier Irakien. On le vit aussi instaurer une taxe solidaire des pays du sud sur les billets d’avion et prononcer le désormais célèbre « la vérité c’est que la planète brûle mais que nous regardons ailleurs » demandant la constitution d’une Organisation des Nations Unies de l’Environnement.
A l’intérieur, personne n’oubliera, avec le recul que procurera le temps qui passe, ses actions en faveur du devoir de mémoire, qui ont à la fois apaisé et réconcilié la France et les Français : la France et sa responsabilité dans la déportation des Juifs, l’interdiction des signes religieux ostensibles, l’inscription de l’esclavage parmi les crimes contre l’Humanité.
Et encore une fois, il faudra que de longues années s’écoulent pour reconnaître l’importance de ses interventions en faveur de l’Egalité des Chances, la Parité ou la Lutte contre les discriminations, ou encore en faveur des Harkis. Il aura fallu du temps pour que cela se fasse, mais c’est lui qui l’a fait alors que d’autres s'y étaient dérobés.
En matière de politique intérieure où son astre a pâli, il n’aura su ou pu réduire la fracture sociale qu’il aura constaté et dénoncé. Les historiens de la politique lui donneront crédit pourtant, au delà de la polémique, sur les instruments de calcul, de la baisse significative du chômage mais également de la sauvegarde du système de retraite par répartition et de la baisse de la délinquance. Face aux mouvements de grève contre le CPE ou aux violences urbaines de 2005, c’est ce qu’au final il sera retenu.
Personnellement, même si l’intéressé, par défiance ou égotisme, avait choisi de faire l’impasse sur le bilan 2002/2007 de Jacques Chirac, je pense que celui-ci inconsciemment aura pesé dans la victoire de Nicolas Sarkozy. Oui, c’est aussi parce qu’en tant que membre du Gouvernement de Jacques Chirac, il a gagné une crédibilité dans l’action, que les Français lui ont accordé leur confiance.
Ainsi, au moment de sortir de l’époque, sans doute est-ce pour conjurer un échec relatif de sa politique intérieure et celui du référendum sur le Traité Constitutionnel que la marionnette préférée des Guignols (que fera-t-elle après le Festival de Cannes ?) a choisi de s’investir personnellement pour les autres, à l’extérieur en cherchant à faire progresser le principe de développement durable et rapprocher les cultures par le dialogue.
La réalisation du Musée des Arts Premiers, quai Branly augurerait-elle probablement la seconde vie de Jacques Chirac ? Certainement aussi cette œuvre culturelle a-t-elle commencé à dispenser la synthèse complexe et subtile de la géographie intérieure du Président.
Comme le chantent les Marseillais d’I am, Ombre est lumière !
Tchao Grand Jacques...














joss
01. Février, 2012 | #
Très bonne analyse monsieur ! Une fois de plus votre lucidité et votre pédagogie vous honorent.
K-Tastrov
11. Décembre, 2011 | #
Entre nous, c'est votre raisonnement qui est pourrit. Si vous voulez ressortir les dossiers, on peut parler de Mme Bettencourt, de...
K-Tastrov
11. Décembre, 2011 | #
Habitant de Courcouronnes depuis trente ans et client des bus TICE, je ne peux que constater que ce réseau est victime de son propre...
Jean-Claude FAGLIN
23. Novembre, 2011 | #
OUI Stéphane... C'est BIEN.... Et Bravo encore comme aussi toutes tes actions communes également avec Manuel, Notre Député dans ce...
Yves Berman
15. Novembre, 2011 | #
Voilà qui est représentatif d'une gauche pourrie qui prétend être aux côté des plus démunis ; ça promet pour 2012...
Ce cher...