On a gagné ! Nicolas Sarkozy a été élu, largement oserais-je dire, Président de la République hier soir. Avec plus de 53%, il signe là une victoire importante ; importante par son ampleur, importante pour un pays qui doit se relancer, importante car grande est l'attente des français, au point de ne pouvoir imaginer les décevoir. Au niveau national, c'est donc une nouvelle page de notre histoire qui s'ouvre.

En revanche, à Courcouronnes, inutile de dire que les résultats, surprenant, eux-aussi par leur ampleur, m'ont fait tomber de l'armoire. Et nécessitent de profondes remises en question...

C'est donc sur un sentiment très partagé que j'ai vécu cette victoire présidentielle.

Sur le score national, d'abord, je suis très heureux. C'est une bien belle victoire, franche, celle de convictions assumées, d'une méthode et d'un homme qui ont su redonner ses lettres de noblesse à la droite républicaine. Après le tsunami de 2002, et les dommages collatéraux sur les scrutins intermédiaires (tous remportés par la gauche, il faut s'en souvenir !), c'est sans aucun doute la preuve d'une prise de conscience collective des habitants de notre pays que les beaux discours, l'angelisme, l'assistanat et le renoncement ne seraient jamais la solution ; bref, la fin d'une période que le nouveau Président de la République considère comme héritée de Mai 68.

Reste à espérer d'ailleurs, après une dernière semaine de campagne détestable, qu'il n'y ait pas de Mai 2007 !... La nuit a été plus calme qu'annoncée mais il faudra rester vigilant ; je note quand même, comme quoi c'est une mode, que des militants UMP ont été attaqués hier soir à Paris.

La tâche à accomplir est donc énorme. Mais, paradoxalement, même si je n'ai jamais été fan de l'homme, je pense qu'il ira au bout de sa volonté, au bout de ses promesses : c'est ainsi qu'il est formaté, Sarko. C'est un pragmatique. Sans doute d'ailleurs est-ce ce sentiment qu'il va vraiment faire, et vite, qui aura tant fait peur à la gauche. Car si la droite remporte les législatives, que le PS se noie dans ses guerres de clan (ça a commencé hier soir à tirer dans les coins !...), Sarko a un boulevard devant lui pour réformer en profondeur et mettre enfin en oeuvre une politique que les français ont déjà appelé de leurs voeux en 86, 93, 95, et 2002 ! Dès lors, l'alternance deviendra une simple hypothèse d'école...

La prochaine étape, après un peu de repos mérité et nécessaire, sera bien entendu la formation du Gouvernement intermédiaire. C'est important car il sera le premier signe d'ouverture (ou non) du nouveau Président. Si, comme une majorité de français, je préfèrerais voir mon ami Jean-Louis Borloo à Matignon, il ne fait guère de doute que Fillon, au moins pour services rendus (sans parler de ses compétences), devienne Premier Ministre.

L'ouverture annoncée sera, à mon sens, primordiale. Pour une conduite équilibrée des affaires, bien entendu, mais également pour ne pas nous couper d'un axe centriste mouvant qui, qu'on le veuille ou non, aura pris de l'importance. Une partie ira sans doute vers la sociale démocratie de Bayrou-Strausskhan (qu'est-ce qu'il a mis à Royal, hier soir !...), version de gauche, l'autre ne devant pas rester orpheline. Nous devrons leur tendre la main.

Maintenant, au boulot. Et y'en a !

Au niveau local, avant d'aborder la situation courcouronnaise, un grand et sincère bravo aux potes de Bondoufle (55-45 pour Sarko), de Lisses (49-51, ce qui est une performance historique) et de Villabé où, là, la surprise est immense puisque Sarko finit avec plus de 100 voix d'avance dans une commune ou JAMAIS la droite ne l'avait emporté. Le travail de fond de Karl et Thierry paye peu à peu.

En revanche, quelques villes dont la majorité est de droite (ce qui n'est pas forcément le cas de la ville, la preuve !) ont sombré : c'est le cas de Vigneux, de Corbeil-Essonnes et, malheureusement, de Courcouronnes. Seule Massy (UDF, comme quoi !) fait pire que nous ! Et dans quelles proportions, s'il vous plaît !

Avec à peine 42,5%, Sarkozy a massivement été rejeté dans ma commune. Pour tout dire, le matin, nous avions parié sur le score de la ville : alors que j'avais annoncé 45% en en espérant discrètement 47-48, mon copain Perrot en avait prédit 43 ! Bien joué, fumier !

Dès lors, après ce coup de massue, il faut froidement essayer de comprendre. Evidemment, même si l'on me répète que ce n'est guère comparable avec une élection locale (merci les amis !), ce résultat aura un peu gaché la fête ! Bien sûr qu'il n'est pas de nature à nous inquiéter pour 2008 tant en effet le rejet de l'homme aura autant pesé que pèsera à l'inverse le poids et le bilan de l'élu local. Pour autant, cela doit interroger : sur une diabolisation réussie, de toute évidence, au Canal mais également au Centre. Car en procédant à des calculs d'apothicaires, on se rend compte que le vote Bayrou s'est reporté sur Sarko à 47%, ce qui corrobore l'analyse d'il y 15 jours et montre la nécessité de poursuivre un travail d'ouverture déjà entamé localement depuis 2001, afin d'en capter davantage. Avec les 53% manquant du vote centriste, la droite l'emporterait largement ! De même, en grattant un peu sur les bureaux de vote du centre (de Courcouronnes, pas de l'échiquier politique !), on se rend compte que des électeurs de la droite républicaine ont soit voté blanc soit Royal, tandis que cette dernière, notamment au Canal, fait le plein de la faible extrême gauche.

Une amie, issue de l'immigration et habitante du Canal, me confirmait hier soir que notre électorat potentiel du quartier s'est mobilisé comme un seul homme contre Sarko. Or donc, diabolisation réussie, certes, mais surtout, et c'est un enseignement important, "dédiabolisation" manquée de notre part. Et après 6 années de mandat, cela prouve qu'en matière d'organisation politique et militante, à force de ne s'obstiner qu'à travailler en faveur de la ville sans étaler de la com à tout bout de champ, sans se réapproprier le terrain, comme en 2001, sans chercher à trop en faire, bref sans faire de politique pure et dure, cela ne suffit pas ; message reçu ! Il y aura du changement, et vite !

Du coup, considérons que ce résultat est un mal pour un bien ; en clair, positivons !

Car après tout, d'une part les villes de même typologie ont les mêmes résultats (on se rassure comme on peu !), et puis l'ampleur du désastre est tellement grande que cela ressemble davantage à un accident de parcours, à un évènement surdimensionné (88% de participation, quand même !), qu'à une réalité politique ; ça me fait penser à Manchester qui explose la Roma 7 à 0 alors qu'en réalité les équipes se valent... C'était le risque d'une bi-polarisation forte.

En cela, la campagne législative qui s'ouvre, et pour laquelle nous allons nous battre auprès de Cristella, sera un baromètre intéressant. Entre les plus de 50% réalisés avec Serge Dassault en 2002 à Courcouronnes, et les 42,5 d'hier, ce sera bon de se jauger...

Au boulot.